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Viande in vitro et bon sens RSS Feed

Auteur : Philip Lymbery, Directeur de CIWF International

La lutte pour mettre fin à l'élevage industriel devra faire appel à toute une gamme de solutions possibles. Certaines sont éprouvées, comme l'élevage en plein air et l'élevage biologique. D'autres sont plus futuristes. Je suis convaincu que la viande in vitro jouera un rôle important. Elle est produite à partir de cellules d'un animal donateur, qui sont ensuite multipliées dans une cuve sur un support imbibé de nutriments. Selon New Harvest, une organisation qui finance des travaux aux États-Unis et en Europe, une seule cellule pourrait théoriquement produire suffisamment de viande pour nourrir la population mondiale pendant un an.

En plus de la viande cultivée, il existe d'autres façons futuristes de produire des aliments, dont certaines sont parfois aussi répugnantes que les élevages industriels qu'elles cherchent à remplacer. Par exemple, le magazine Wired a récemment fait part d'une proposition consistant à élever des poulets sans cortex cérébral et avec le corps fixé à un réseau de tuyaux. « L'alimentation, l'eau et l'air seraient apportés par un réseau de tuyaux et les excréments seraient éliminés de la même façon », a expliqué le magazine. D'autres idées aussi extrêmes consistent à aveugler les poulets qui, argumente-t-on, ne seraient pas gênés d'être entassés les uns sur les autres, ainsi qu’à créer des poules sans tête dont les corps immobiles se contenteraient de pondre.

Lorsque l'élevage industriel est apparu après la Seconde Guerre mondiale comme une méthode bon marché pour produire des aliments, notre compréhension des animaux et de leur sentience était limitée. Lorsque des éthologues, des spécialistes du comportement animal et d'autres qui étudiaient les animaux ont commencé à documenter leurs études, les connaissances scientifiques en matière de sentience animale ont commencé à croître. Elles ont apporté les preuves nécessaires pour appuyer ce que le bon sens nous disait déjà : que les animaux sont des êtres sentients, qu'ils ressentent la douleur et qu'ils souffrent.

Une lutte importante a été gagnée lorsque l'UE a accordé une reconnaissance juridique à la sentience animale dans les années 1990. Cette avancée a été récemment renforcée sous forme d'un article dans le Traité de Lisbonne.
Ce qui me préoccupe à propos de ces idées visant à produire des animaux sans tête, sans cerveau ou sans vue, c'est que cela sape le respect essentiel pour les animaux et nous emmène dans un nouveau territoire terriblement inquiétant. Et c'est tellement inutile. C'est pourquoi CIWF appelle à une démarche de bon sens pour nourrir le monde. Une meilleure démarche, avec plus de bon sens, est non seulement réalisable, elle est essentielle à mes yeux.