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Auteur : Philip Lymbery, Directeur de CIWF International

Cette année, l'été en Grande-Bretagne ne sera pas mémorable. Mais en Amérique, c'est une autre histoire. La sécheresse et des températures record causent de graves problèmes.

Le New York Times indique que la sécheresse couvre « plus de la moitié des États-Unis » et qu'il s'agit de la « plus étendue en plus d'un demi-siècle ». En outre, c'est l'« année la plus chaude jamais enregistrée » depuis que les relevés existent, en 1895. Bien sûr, ceci rend la vie de beaucoup de personnes difficile. Il existe aussi une augmentation des feux de forêt à maîtriser, ainsi que la menace de déformation de voies ferrées en raison de la chaleur.

C'est encore pire pour les animaux d'élevage qui vivent dans des cages. Ils ne peuvent échapper à la chaleur et à l'humidité. Ils ont de la chance s'ils peuvent sentir une brise chaude lorsque l'on ouvre les portes des hangars où ils sont.

Le temps entraîne d'autres différences dans l'élevage. La production de maïs, de soja et d'autres plantes cultivées pour les fourrages est gravement compromise. Le manque d'eau a un impact direct sur la croissance des plantes. Les rendements baissent, ce qui fait monter les prix et ce qui, ensuite, augmente les coûts d'achat de la viande, des œufs et des produits laitiers pour les consommateurs, comme ceux du pain et d'autres aliments de base.

Une autre inquiétude liée à la sécheresse concerne l'impact qu'elle a sur les rivières et autres voies d'eau. Comme nous l'avons vu avec notre propre sécheresse en début d'année, les niveaux d'eau chutent de façon alarmante. Lorsque la pollution et l'écoulement des produits chimiques issus de l'élevage intensif s'additionnent, la qualité de l'eau est gravement touchée. Par exemple, dans l'État de Géorgie, aux USA, les immenses élevages industriels polluent Flat Creek. Flat Creek s'écoule dans le lac Lanier, qui accueille des millions de visiteurs chaque année. Ensuite, il se déverse dans la Chattahoochee River, qui est une source importante d'eau potable.

Chez CIWF, nous avons déjà expliqué que l'élevage « industriel » intensif n'est pas durable. Les crises météorologiques poussent les systèmes modernes d'élevage intensif déjà précaires – et largement subventionnés – aux limites de la rentabilité. Le New York Times indique que le gouvernement a « déclaré un tiers des comtés du pays – 1 297 dans 29 états – zones fédérales de catastrophe naturelle en conséquence de la sécheresse, ce qui permettra aux éleveurs de demander des prêts à faible intérêt afin de les aider à traverser cette saison de récolte décevante ».

En outre, les crises climatiques contribuent aux turbulences sociales et aux émeutes de la faim. J'ai lu dernièrement un article à ce sujet dans The Guardian. L'article détaillait des manifestations de rue en Iran en raison de l'augmentation brutale du prix du poulet. J'ai écrit, en mai 2011, sur les émeutes de la faim. J'ai signalé des troubles liés aux produits alimentaires en Grèce, en Haïti, en Corée du Nord, en Algérie, à Mogadiscio, au Zimbabwe et (déjà) en Iran.
Tout ce qui est en rapport avec l'inquiétude concernant l'eau sale doit être placé dans le contexte de la crise alimentaire mondiale. Le rapport 2011 d'Oxfam, « Growing A Better Future », avertissait du fait que « des revenus plus élevés et une urbanisation croissante font que les gens mangent moins de céréales et plus de viande, produits laitiers, poisson, fruits et légumes. Une alimentation 'occidentale' de ce type nécessite bien davantage de ressources rares : terres, eau, espace ».

Avec la perspective de 2 milliards de personnes à nourrir en plus d'ici 2050, notre système alimentaire doit être de 70-100 % plus productif, plus efficace. Ceci ne veut pas simplement dire qu'il faut doubler les productions des élevages de façon routinière. Le simple doublement de notre système alimentaire actuel correspondrait à l'exemple d'une compagnie des eaux dont les tuyaux fuient et lui font perdre la moitié de l'eau, simplement en posant un second jeu de tuyaux qui fuient autant. Oui, cela doublerait l'eau dans les maisons des gens. Cela doublerait également les pertes. Il vaut bien mieux avoir des tuyaux plus efficaces, sans fuites, que davantage de tuyaux.

C'est pourquoi nous avons lancé Food Sense. Notre appel à une démarche de bon sens pour nourrir le monde. Une qui met fin à la concurrence pour l'alimentation entre les humains et les animaux d'élevage ; qui réduit et recycle les déchets alimentaires ; qui soutient l'élevage des animaux dans des fermes, pas dans des usines ; et qui produit plus de systèmes alimentaires efficaces pour nourrir tout le monde, maintenant et à l'avenir.