La loupe

Vers une politique alimentaire durable pour l'Europe

News Icon 02/04/2014

Auteur : Philip Lymbery, Directeur de CIWF International
2 avril 2014

Bruxelles. J'ai été ravi de prendre la parole aujourd'hui à la conférence sur l'alimentation durable du Parlement européen, et de partager les principales conclusions de mon livre « Farmageddon ». J'ai eu l’opportunité de parler de la plus grande source de gâchis alimentaire : destiner de grandes quantités de cultures, qui seraient comestibles pour l’homme, à l’alimentation des animaux en élevages industriels. J'ai aussi évoqué les «hectares fantômes», ces vastes superficies de terres, souvent situées sur d'autres continents, cultivés pour nourrir les animaux de l'élevage industriel européen.

La conférence, présidée par le député européen Edward McMillan-Scott, a été programmée dans le but d'influencer la communication de la Commission européenne sur l’alimentation durable. Cette communication est probablement une des meilleures opportunités pour faire évoluer le système alimentaire européen de la décennie voire plus.

Ce fut un privilège de partager cette table ronde avec d'éminents orateurs dont Olivier De Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le Droit à l’Alimentation. Comme toujours, De Schutter a résumé la situation alimentaire mondiale de manière incisive. Aux 150 participants de cet important auditoire, il a souligné le danger de vouloir résoudre les problèmes de l'alimentation et de l'agriculture du 21ème siècle, avec des solutions des années 1960.

Il y a un demi-siècle, la production alimentaire nécessitait une impulsion majeure pour s'adapter à la croissance rapide de la population mondiale, ce qui a heureusement été réalisé avec succès. Cinquante ans plus tard la production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir tout le monde, aujourd'hui et dans un avenir prévisible ; suffisante pour 11 milliards de personnes ou plus, mais à condition de ne pas en gaspiller la moitié.

Parce que la vérité est là : la nourriture est devenue si abondante que nous la mettons à la poubelle, la laissons pourrir, ou la donnons aux animaux élevés de manière industrielle. La production n'est plus le problème majeur. La question désormais, c'est la qualité nutritionnelle et sanitaire de notre alimentation, l'état des campagnes et comment mettre la nourriture à disposition de tous, au lieu d’en donner une grande partie aux animaux élevés dans des systèmes intensifs, alors même qu'un milliard de personnes souffrent de malnutrition.

Un thème était récurrent lors de la conférence d'aujourd'hui : l'approche productiviste n’est plus la bienvenue. C'est d'une politique alimentaire et pas seulement d'une politique agricole dont nous avons désormais besoin en Europe. Selon la députée européenne Sirpa Pietikäinen, nous devrions "abolir toute politique agricole" et avoir à la place "une direction de l'alimentation, chargée de procurer des régimes alimentaires sains et diversifiés grâce à des moyens de production humains et à faible impact". Olivier De Schutter appelle aussi à une nouvelle politique alimentaire durable, qui s’éloigne du modèle de la politique agricole commune (PAC) depuis les années 1960 basé sur la production.

Cependant nombreux sont ceux qui continuent de penser que les réponses aux problèmes d'aujourd'hui résident dans l'accroissement de la production. Les lobbies de l'industrie prônent « l'intensification durable » ou « l’agriculture écologiquement intensive », une antinomie s'il en est une et une expression nouvelle pour une réalité peu différente de l’agriculture conventionnelle.

Albert Einstein l'a dit : « Les problèmes que nous avons aujourd'hui ne seront jamais réglés par le même cerveau qui les a créés en premier lieu ». Une citation de circonstance dans le domaine agricole et alimentaire d'aujourd'hui.

Il semble donc que les problèmes alimentaires d'aujourd'hui ne pourront être résolus par une réflexion qui date d'un demi-siècle uniquement axée en termes de niveau de production. Dans la lumière froide du 21ème siècle, l'agriculture industrielle, avec son gaspillage, son inefficacité et sa cruauté envers les animaux, ne semble en rien être la solution.

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