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COVID-19 : l'importance de changer de modèle agricole et alimentaire

News Section Icon Publié 02/04/2020

L'épidémie de COVID-19 met en lumière ce que CIWF dénonce depuis des années : l'élevage intensif n'est ni durable ni résilient. Il est urgent de changer de modèle. 


Tout système industriel est conçu pour l'efficacité et la production, a une marge d'erreur minimale voire nulle et n'est pas résilient ni facilement adaptable au changement.

Des exemples récents montrent bien que les systèmes de production industrielle ne peuvent s'adapter à aucun changement, ni aucun facteur externe venant perturber le système :

  • Les vagues de chaleur de l'été dernier ont affecté gravement les élevages de volailles et tué des milliers de poulets en bâtiment
  • des épidémies de zoonoses telles que la grippe aviaire nécéssite l'abattage de millions de poulets 

Le manque de diversité génétique peut aussi augmenter la sensibilité aux maladies en cas d'épidémie. La grande majorité des 65 milliards de poulets de chair abattus chaque année provient d'une dizaine de croisements hybrides produits par trois entreprises mondiales et vendus dans le monde. Celles-ci ont remplacé d'innombrables races traditionnelles, qui elles, s'étaient adaptées au fil des siècles aux conditions locales.

Que faudrait-il faire pour soutenir les agriculteurs qui subiraient des dommages économiques à la suite de l'épidémie de coronavirus ?

Le rôle des éleveurs.euses et agriculteurs.rices est essentiel dans la crise que nous traversons. La continuité de leur travail dans des conditions plus difficiles est à saluer.

En tant que consommateur, notre rôle dans cette crise est de soutenir dans sa consommation les élevages qui reposent aujourd’hui sur des normes élevées de bien-être animal, comme l’élevage au pâturage, plein air ou biologique (manger moins, mais manger mieux).

Au-delà des soutiens spécifiques développés durant cette crise et pour le court terme pour la production alimentaire, il faut dès aujourd’hui intégrer dans la réflexion le besoin de réorienter les soutiens publics vers des modes d’élevages extensifs, plus résilients, et supprimer les aides à l’élevage intensif.

Les agriculteurs et éleveurs, à la sortie de cette crise, ils devront être efficacement accompagnés pour sortir des systèmes industriels et passer à des systèmes d’élevage plus durables, respectueux des animaux, de notre santé, et plus résilients.

La prochaine PAC, qui est en pleine renégociation, doit d’autant plus intégrer des mesures d’évolution des filières d’élevage, pour permettre la sortie progressive de l’élevage industriel et être en cohérence avec les attentes sociétales, le bien-être animal et les politiques publiques environnementales.

Cette crise met en avant l'urgence de faire évoluer l'élevage et le besoin d'acccélérer la transition.

 

Les aides doivent être réorientées pour favoriser l’intérêt général 

Les gouvernements, au lieu de soutenir un système intensif, devront accompagner des systèmes agricoles durables et respectueux de l'environnement. Leurs plans d'actions devront entre autres  :

  • permettre de restaurer la biodiversité agricole et sauvage;
  • soutenir les éleveurs qui améliorent le bien-être animal ;
  • soutenir les producteurs de légumineuses pour l’alimentation humaine ainsi que des fruits et légumes frais, afin de soutenir une alimentation équilibrée;
  • permettre de réduire le nombre d'animaux en élevage;
  • permettre l'accès à des aliments nutritifs pour tous.

Cela permettra le développement de systèmes alimentaires durables et résilients capables de produire des aliments nutritifs accessibles à tous.

Cette après crise sera l'occasion de repenser les systèmes agricoles à l'échelle mondiale. Il serait inutile de dépenser des milliards d’argent public pour reconstruire les systèmes économiques mondiaux actuels alors que nous pouvons choisir de soutenir des systèmes agricoles durables, qui peuvent atteindre des objectifs nutritionnels et environnementaux à l’échelle planétaire.

Est-ce qu'une réduction de la consommation de viande est un moyen de prévenir la propagation de nouveaux agents pathogènes ? Comment ?

Oui.

Si dans le spays occidentaux nous mangions moins de viande, moins de poissons carnivores d'élevage (comme par exemple le saumon) et moins de produits laitiers, il y aurait moins d’élevage intensif et donc moins de pression sur les terres et autres ressources environnementales qui sont utilisées pour élever et nourrir ses animaux. Par conséquent, il y aurait moins de conflits homme-faune, plus de biodiversité sauvage et agricole, et les gens seraient moins susceptibles d'être exposés à de nouveaux agents pathogènes.

Il est donc essentiel de réduire de façon drastique notre consommation de viandes œufs et produits laitiers, et de privilégier des produits issus d’élevages locaux et plein air, sur paille, biologiques pour favoriser la transition vers un autre modèle agroicole et alimentaire, plus durable. (Voir notre guide du consommateur responsable

Pourquoi cette transition est-elle plus importante que jamais ?

Pour atteindre les objectifs environnementaux et lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité, une transition vers des systèmes de production durables est nécessaire et urgente. Cette nouvelle pandémie de coronavirus, engendrée par des interactions qui n’auraient pas dû être entre des animaux sauvages et des humains, crée un précédent solide pour affirmer et confirmer que la transition vers des systèmes durables est également une urgence de santé publique.

Nous avons besoin d'un véritable virage vers une production alimentaire durable à partir de systèmes d'élevage sans cruauté, ainsi que d'une diminution du nombre d'animaux d'élevage dans les pays occidentaux.

En quoi le travail de CIWF est-il pertinent pour la pandémie actuelle ?

CIWF travaille sans relâche depuis plus de 50 ans pour mettre fin à l'élevage intensif. Nous menons également campagne contre les impacts environnementaux de l'élevage industriel.  La situation actuelle est grave, elle nous confirme que nous alertons sur des problèmes qui prennent toute leur ampleur dans ces temps de crise. Nous devons continuer de travailler sans relâche afin de protéger nos vies, le bien-être animal et notre planète.

La véritable opportunité de cette crise est qu'elle peut servir de signal d'alarme. Il est temps d'agir pour un élevage et une agriculture durables.

 

[1] https://www.who.int/health-topics/coronavirus 

[2] https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/cases-updates/summary.html?CDC_AA_refVal=https%3A%2F%2Fwww.cdc.gov%2Fcoronavirus%2F2019-ncov%2Fsummary.html

[3] Li, W., Shi, Z., Yu, M., Ren, W., Smith, C., Epstein, J.H., Wang, H., Crameri, G., Hu, Z., Zhang, H. and Zhang, J., 2005. Bats are natural reservoirs of SARS-like coronaviruses. Science, 310(5748), pp.676-679. 

[4] http://www.cms.int/sites/default/files/Scientific%20Task%20Force%20on%20Avian%20Influenza%20and%20Wild%20Birds%20H5N8%20HPAI_December%202016_FINAL.pdf

[5] Cutler, S.J., Fooks, A.R. and Van der Poel, W.H., 2010. Public health threat of new, reemerging, and neglected zoonoses in the industrialized world. Emerging infectious diseases, 16(1), p.1.

[6]  Graham, J.P., Leibler, J.H., Price, L.B., Otte, J.M., Pfeiffer, D.U., Tiensin, T. and Silbergeld, E.K., 2008. The animal-human interface and infectious disease in industrial food animal production: rethinking biosecurity and biocontainment. Public health reports, 123(3), pp.282-299. 

[7] Drew, T.W., 2011. The emergence and evolution of swine viral diseases: to what extent have husbandry systems and global trade contributed to their distribution and diversity?.Revue Scientifique et Technique-OIE, 30(1), p.95.

[8]  Jones, B.A., Grace, D., Kock, R., Alonso, S., Rushton, J., Said, M.Y., McKeever, D., Mutua, F., Young, J., McDermott, J. and Pfeiffer, D.U., 2013. Zoonosis emergence linked to agricultural intensification and environmental change. Proceedings of the National Academy of Sciences, 110(21), pp.8399-8404.

[9] Jones, B.A., Grace, D., Kock, R., Alonso, S., Rushton, J., Said, M.Y., McKeever, D., Mutua, F., Young, J., McDermott, J. and Pfeiffer, D.U., 2013. Zoonosis emergence linked to agricultural intensification and environmental change. Proceedings of the National Academy of Sciences, 110(21), pp.8399-8404. 

[10] Mottet et al. (2017). Livestock: On our plates or eating at our table? A new analysis for the feed/food debate. Global Food Security 14:1-8. https://doi.org/10.1016/j. Gfs.2017.01.001 

[11] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)32596-6/fulltext