La loupe

Cochons : il faut changer la méthode d'étourdissement

News Section Icon Publié 12/11/2019

69 organisations de protection animale en Europe condamnent dans un courrier commun l’étourdissement des cochons par dioxyde de carbone, un système causant des souffrances souvent longues et inutiles aux animaux alors que d’autres méthodes existent.

Une déclaration commune

Une déclaration commune (en anglais), publiée par Eurogroup for Animals et ses 69 organisations membres, dont CIWF, appelle de toute urgence à ne plus utiliser cette méthode d’étourdissement gazeux qui cause "souffrance et détresse" à plusieurs millions de porcs en Europe chaque année. Au Danemark, en Allemagne, en Espagne, en Suède et au Royaume-Uni, 85% ou plus des porcs (soit environ 100 millions de porcs par an) sont abattus selon cette méthode condamnée pourtant depuis longtemps par les scientifiques.

 

Des preuves accablantes de souffrances

La méthode d'abattage en question consiste à placer les porcs dans un caisson à gaz contenant du CO2, ce qui les fait haleter et hyperventiler et provoque douleur et panique. Le gaz acidifie les yeux, les narines, la bouche et les poumons Il engendre une sensation de brûlure puis de noyade et peut causer une douleur aiguë pendant environ 15 à 30 secondes avant que les cochons ne perdent conscience.

Cette méthode d’abattage terrible, au lieu d’être supprimée, est pourtant devenue la méthode standard en Europe !

L’utilisation d’une forte concentration de CO2 pour l’étourdissement des cochons est autorisée par le Règlement européen 1099/2009 mais il précise dans son préambule l’importance de poursuivre les discussions à propos de l’abandon progressif de l’usage du dioxyde de carbone.. Dans un même règlement, elle est autorisée et dans le même temps il est fortement conseillé de chercher des alternatives !? Cela montre bien que la méthode est loin de faire l’unanimité…

En effet, nous savons depuis des années que les porcs souffrent fortement de l’utilisation de ce procédé avant de perdre conscience.

 Les autorités françaises et européennes ont connaissance de ce problème depuis de nombreuses années. Depuis près de 20 ans, la recherche scientifique a montré que l’étourdissement au CO2 pose de graves problèmes de bien-être animal et source de souffrances.

Dès 1996, une étude a conclu que les porcs montrent une profonde aversion aux fortes concentrations de CO2 et que ce gaz conduit à de « sévère détresses respiratoires. »[1] En 2004, l’EFSA concluait qu’à des concentrations de plus de 30%, le CO2 « est connu pour être aversif et provoquer de l’hyperventilation et l’irritation des membranes muqueuses qui peut être douloureux, et suscite l’hyperventilation et le halètement avant la perte de conscience. » L’INRA en 2006 mentionnait que l’on observait des signes de souffrance respiratoire avec l’utilisation du CO2.[2] Des preuves plus récentes suggèrent que les porcs mettent 30 à 60 secondes ou plus à perdre connaissance. C’est très long !

Pourquoi est-ce devenu la norme ?

Alors, comment une méthode d'étourdissement si largement condamnée est-elle devenue la norme ? Parce que cela permet de tuer plus de porcs en moins de temps. Cette méthode fournirait également une qualité de viande plus uniforme.

C'est « pas cher et pratique » pour une industrie « basée sur un l’abatage d’un très grand nombre d’animaux en un minimum de temps. C’est bon marché parce que le CO2 n’est pas très coûteux et qu’il permet une vitesse élevée du passage des animaux dans le système », a déclaré Bo Algers, professeur émérite à l’Université suédoise des sciences agricoles, à Uppsala.

Selon la HSA (Humane Slaughter Association), une organisation caritative créée il y a plus de cent ans les abattoirs qui tuent beaucoup de porcs en très peu de temps (800 porcs à l'heure ou plus) considèrent que l'abattage au gaz est souvent considéré comme la "méthode d'abattage la plus fiable".

La généralisation de cette méthode d’abattage des porcs s’explique donc par sa capacité à abattre un très grand nombre d’animaux en très peu de temps. Mais ce, sans prendre en compte la grande souffrance que cela inflige aux animaux alors que d’autres méthodes existent.

Les alternatives

Un abattage sans cruauté implique une méthode d'étourdissement ou de mise à mort instantanée ou non aversive. D’après la HSA ( « Si une méthode d'étourdissement ne provoque pas une insensibilité instantanée [jusqu'à la mort], elle doit être non aversive (c'est-à-dire ne doit pas causer de peur, de douleur ou d’autres sentiments désagréables) à l’animal. "

Des systèmes d’étourdissement électriques alternatifs ou l’utilisation de gaz différents peuvent être la clé d’une alternative plus respectueuse. L'utilisation de l'argon est à l'étude, ainsi que l'étourdissement par diminution de la pression (LAPS). La métohde LAPS étourdit les animaux en réduisant progressivement la pression atmosphérique et donc la quantité d'oxygène disponible pour la respiration des animaux. Il imite la réduction de pression subie par les pilotes militaires volant à haute altitude et n’est pas désagréable.

Il est urgent de développer des alternatives non aversives à l’usage de fortes concentrations de CO2 et de prévoir l’arrêt de l’usage de cette méthode pour investir pour son remplacement.

 

[1] Raj A.B.M. & Gregory N.G., 1996. Welfare implications of the gas stunning of pigs: 2. Stress of induction of anaesthesia. Animal Welfare 1996, 5: 71-78.

[2] Douleurs animales chez les animaux d’élevage, Les identifier, les comprendre, les limiter, Rapport d’expertise réalisé par l’INRA à la demande du Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche et du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Décembre 2009

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