La loupe

Mouvement des agriculteurs : ce système qui ne peut plus durer !

News Section Icon Publié 13/02/2024

Depuis le 18 janvier sévit en France un mouvement de révolte de la part des agriculteurs. La variété des revendications et l’étendue du mouvement en France et en Europe démontrent que c’est bien le modèle dans sa globalité, en place depuis des décennies, qui est en cause. Il faut définir un cap clair avec un plan de transition cohérent pour que l'élevage puisse faire face aux défis actuels et sortir de l'impasse. CIWF se tient à la disposition du gouvernement pour poursuivre les échanges et parler solutions.

Un système à bout de souffle  

Depuis le 18 janvier sévit en France un mouvement de révolte de la part des agriculteurs: manifestations et blocages routiers ont été organisés par les syndicats agricoles. Si le mouvement se dés-intensifie depuis le 3 février, le malaise demeure, les actions changent de nature et de cible.  

Les agriculteurs expriment leur colère et leurs revendications face à la baisse de leurs revenus, à la hausse des charges, à la concurrence déloyale permise par les traités de libre-échange, à l'empilement des normes lié à une réglementation trop complexe, à la fiscalité, à certains aspects de la réglementation européenneen matière d'agriculture et aux contrôles de l'administration française. Ils demandent au gouvernement des mesures concrètes. 

La diversité des agriculteurs et des syndicats à l’origine du mouvement (de la FNSEA à la confédération paysanne), la variété des revendications et l’étendue du mouvement en Europe démontrent que c’est bien le modèle dans sa globalité, en place depuis des décennies, qui est en cause : il ne fonctionne pas et ne permet pas à de nombreux agriculteurs de vivre dignement de leurs métiers, ni même d’assurer un avenir à leur profession.   

Simplifier le discours et opposer les enjeux voire les acteurs ne dupe en réalité personne, et certainement pas les agriculteurs, les mieux placés pour constater que ce système dysfonctionne. Depuis des décennies, CIWF donne l’alerte : notre système alimentaire et notamment notre système d’élevage ne sont pas durables, ils malmènent non seulement les animaux et la planète, mais aussi les êtres humains, qu’ils soient producteurs et/ou consommateurs. Et le soutien massif de l’opinion publique à ce mouvement, malgré les manifestations vives de colère, traduit bien ceci : ce modèle d’agriculture n’est pas durable et doit impérativement se transformer.  

Des défis majeurs   

Les agriculteurs dénoncent des injonctions contradictoires auxquels ils sont soumis : ils doivent produire mieux pour prendre davantage soin du vivant, tout en produisant moins cher ; bref ils doivent produire mieux et plus. Ce n’est pas possible. 

L’élevage n’échappe à ces contradictions. La nécessité d’un élevage plus durable, respectueux du bien-être animal et de la planète, fait désormais consensus. Pourtant des tendances importantes vont dans le sens opposé 

  • Pour les bovins : favoriser le plein air est essentiel pour le bien-être animal et pour le captage du carbone, et pourtant le « zéro pâturage » tend à se développer  
  • Pour les porcs et la volaille : la consommation et la production industrielle à bas coût ont le vent en poupe quand les filières bio et plein air peinent à se maintenir  

Ces contradictions brouillent la vision pour un élevage d’avenir. Aucun cap n’est défini clairement. Et d’ailleurs la question du renouvellement des générations devient très concrète. Aujourd’hui, un chef d’exploitation sur deux a plus de 55 ans mais les jeunes générations, en phase avec les attentes sociétales (qualité de vie, bien-être animal, environnement) tournent le dos aux métiers d’élevage, ce qui risque d’accentuer la concentration des exploitations au modèle de production industrielle dont il faut pourtant se désengager. 

L’élevage doit sortir de l’impasse et doit, désormais de toute urgence, relever les défis majeurs que ce soit sur le plan environnemental, sur celui des attentes sociétales fortes en matière de bien-être animal ou encore celui de l’ancrage territorial. Les éleveurs se sentent dépossédés, ils doivent pouvoir rester maitre de leurs choix pour leur activité.  

Un argument que l’on entend pour justifier l’immobilisme concerne « la menace des importations» : à quoi bon inciter les bonnes pratiques en France, si cela dynamise les importations de produits à bas coûts et met en difficulté nos éleveurs ? Cette menace peut être réelle dans certains cas, mais elle peut aussi surtout être mal diagnostiquée : par exemple, sur les volailles, aujourd’hui, on importe bien 50% de volaille, seulement, elles proviennent pour la majorité de pays européens (en premier lieu la Pologne) qui doivent répondre aux mêmes normes environnementales et de bien-être animal que la France, mais avec des coûts de main d’œuvre inférieurs. Donc au lieu de rivaliser sur la productivité, l’avenir serait plutôt la recherche de valeur ajoutée et de qualité sur le maillon production, au stade de l’éleveur.  

Pour autant, l’agriculture intensive, dépendante des importations pour l’alimentation animale ou les engrais, ne répond pas davantage à l’enjeu de souveraineté alimentaire. 

Ainsi, la transition de notre modèle de production est indispensable et même le ministre de l’Agriculture l’affirme : « le statu quo n’est pas une option » 

Se mettre autour de la table et oser (re)penser notre élevage  

Définir l’élevage de demain nécessite de rassembler l’ensemble des acteurs autour de la table. Nous devons donner la parole et écouter les éleveurs et l’ensemble des parties prenantes. Un cap clair pour l’avenir de l’élevage doit être défini avec un plan de transition assorti de moyens pour accompagner les transformations de l’élevage et de nos habitudes de consommation. C’est selon nous en réalité le véritable enjeu. C’est précisément ce que nous avons encore essayé de faire en décembre à l’Assemblée nationale en organisant la conférence « L’avenir de l’élevage, au-delà des clivages ». Des solutions ont émergé :

  • Il faut une action sur la consommation au moins aussi importante que sur la production, par l’ensemble de l’environnement alimentaire, y compris la restauration hors domicile  
  •  Il faut assumer le nécessaire rééquilibrage de l’assiette des Français entre les protéines végétales et les protéines issues de l’élevage, afin de réduire la surconsommation de viandes à bas coûts, comme le poulet, en grande partie importé. 
  •  Il faut permettre la transparence des prix afin que les marges soient mieux réparties entre les acteurs de la chaine alimentaire et améliorer les revenus des producteurs 
  • Il faut réorienter les fonds publics qui peuvent pour partie rémunérer les pratiques favorables au bien-être animal et à l’environnement, mal rémunérées par le marché, et pourtant indispensables à la résilience des systèmes agricoles (modèle des paiements pour service environnementaux). 
  • Il faut fixer un cap clair pour l’élevage, et anticiper les évolutions inéluctables, par exemple en s’alignant avec le changement à venir au niveau européen en proposant en France un véritable plan de sortie des cages (à l’instar de l’Allemagne) 

Sur l’élevage, les solutions pour l’instant proposées sont illisibles  : qu’en est-il pour les éleveurs de porc ou de volaille engagés en agriculture biologique ? Comment aider les éleveurs de ruminants à maintenir et si possible développer le pâturage ? L’agrandissement des exploitations est-il souhaité ? Comment soutenir la consommation de produits issus de filières durables ? Pourquoi ne pas assumer de soutenir l’alimentation de meilleure qualité, en rééquilibrant l’assiette entre protéines végétales et animales et permettre une meilleure répartition de la valeur ? 

Avec les messages contradictoires du Ministre, celui sur la nécessité de mettre fin au statu quo, ou celui sur la nécessité de réindustrialiser l’agriculture (au SPACE en septembre dernier), il est en effet difficile de comprendre la position de la France. Mais si elle accentuait l’industrialisation de notre agriculture, si les normes européennes en matière environnementales ou de bien-être animal étaient rabaissées, comme par exemple sur la directive sur les émissions industrielles (IED), à qui cela profiterait -il in fine ? Aux Français, vraiment ?  

CIWF appelle le gouvernement à poursuivre les échanges, à cesser de s’acharner pour maintenir en l’état un système à bout de souffle et à engager un plan de transition vers un élevage durable en France et en Europe. 

Globe

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