Inégalité alimentaire

Stockage farine

Des tonnes de céréales destinées aux animaux d'élevage

L'élevage industriel rompt nos systèmes alimentaires et prend les céréales et d'autres ressources précieuses à ceux qui en ont le plus besoin.

Il existe un écart énorme entre ceux qui « ont » et ceux qui « n'ont pas » quand on aborde la répartition de la nourriture dans le monde ; environ 1 milliard de personnes n'ont pas assez à manger. Cette situation de crise alimentaire tue actuellement plus que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis [1]. Le contraste est violent avec l'Occident où environ 1,5 milliard de personnes sont en surpoids, dont environ un tiers sont obèses [2]. Cela compromet les efforts réalisés pour atteindre l'objectif du Millénaire pour le développement des Nations Unies visant à éradiquer la pauvreté extrême et la faim [3]. Si l'élevage de bétail à petite échelle joue un rôle crucial dans les pays en développement, en contribuant à la survie de plus de 800 millions de petits exploitants pauvres [4], l'élevage industriel à grande échelle aggrave la crise alimentaire.

Augmentation de la demande d'aliments pour l'élevage

Environ deux tiers des animaux d'élevage dans le monde sont actuellement élevés industriellement, dans des systèmes qui dépendent des céréales et du soja pour favoriser une croissance rapide et des rendements élevés. Bien que les vaches laitières soient naturellement adaptées au pâturage et à l'herbe, leur mode d'élevage est de plus en plus dépendant des céréales et du soja. Cette demande d'aliments signifie essentiellement que nous mettons les humains en concurrence avec les animaux d'élevage ; nous destinons aux animaux des aliments de grande qualité, riches en nutriments, alors qu'ils permettraient de nourrir les populations.

Plus de 90 % des tourteaux de soja et 60 % du maïs et de l'orge sont cultivés pour l'alimentation des animaux. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 2006 [5]

Les ressources nécessaires pour l'alimentation animale

La concurrence pour la nourriture n'est pas le seul problème. Pour pouvoir cultiver ces aliments, d'immenses étendues de terres sont défrichées, autant dans les pays développés que dans les pays en développement. Prenons le soja, par exemple, qui est principalement cultivé dans les pays en développement. La demande de soja est particulièrement préjudiciable [6], car elle aboutit à l'appropriation des terres par les plus riches et provoque même de violentes confrontations entre les peuples indigènes, les multinationales et les gouvernements [7].

Le problème ne se limite toutefois pas seulement à la terre ; selon le Forum économique mondial [8], l'élevage industriel est un « contributeur clé » de l'utilisation des resources en eau et représente 8 % de toute l'eau que nous utilisons dans le monde. La majeure partie de cette eau est destinée à l'irrigation des cultures céréalières. Un courrier publié dans Nature [9] indiquait qu'en Chine, « le changement des modèles de consommation alimentaire est la principale cause de l'aggravation de la rareté de l'eau. Si d'autres pays en développement suivent la tendance de la Chine, vers une alimentation occidentale riche en protéines animales, la pénurie d'eau mondiale sera encore plus grave ».

Pour produire 1 kg de bœuf, il faut 15 fois la superficie nécessaire pour produire 1 kg de céréales, et 70 fois la superficie nécessaire pour produire 1 kg de légumes. Center for Energy and Environmental Studies, 2005 [10]

Des prix inabordables pour les plus pauvres

En 2011, la FAO a déclaré que les prix alimentaires avaient été poussés à la hausse ces dernières années [11], en partie en raison de la croissance économique soutenue dans plusieurs grands pays en développement. Cette croissance a eu pour résultat a) de faire monter la pression sur les prix du pétrole et des engrais et b) de gonfler la demande en viande, donc en aliments pour animaux, compte tenu de la diversification des régimes alimentaires. Cette tendance à la hausse des prix alimentaires peut rendre de plus en plus difficile l'accès aux produits alimentaires vitaux pour ceux qui en ont le plus besoin.

La demande croissante de céréales pour nourrir le bétail [...] est susceptible de pousser encore les prix à la hausse, au-delà de ce qui est abordable pour les plus pauvres du monde. Oxfam, 2009 [12]

Comment agir ?

L'élevage industriel casse nos systèmes alimentaires. En prenant des mesures pour limiter l'élevage industriel, nous ne participons pas simplement à une révolution agricole et alimentaire ; nous œuvrons aussi pour que chacun mange à sa faim.

Références

1 Programme alimentaire mondial, 2011. Faits et chiffres sur la faim
2 Organisation mondiale de la Santé, 2011. Obésité et surpoids
3 Nations Unies, 2011. Objectifs du millénaire pour le développement 1 : Réduire l'extrême pauvreté et la faim
4 World Bank, 2009. Minding the stock: Bringing Public Policy to Bear on Livestock Sector Development.
5 Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2006. Livestock’s Long Shadow
6 Friends of the Earth, 2008. What’s Feeding our Food? The Environmental and Social Impacts of the Livestock Sector
7 The Ecologist, 2009. Killing Fields: The True Cost of Europe’s Cheap Meat
8 World Economic Forum, 2009. The Bubble Is Close to Bursting: A Forecast of the Main Economic and Geopolitical Water Issues Likely to Arise in the World during the Next Two Decades
9 Nature, 2008. Correspondence: China’s Move to Higher Meat Diet Hits Water Security
10 Centre for Energy and Environmental Studies, 2005. Food and Land Use. The Influence of Consumption Patterns on the Use of Agricultural Resources
11 Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 2011. L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde 2011
12 Oxfam, 2009. Changing Food Consumption in the UK to Benefit People and Planet


Partager cette page