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Rencontre avec Léopoldine RSS Feed

News Icon 09/04/2013

Auteur : Philip Lymbery, Directeur de CIWF International

Que ce soit à propos de l’application et l’amélioration de la législation, de l’évolution des pratiques agricoles et de l'industrie agroalimentaire, de la lutte contre l’élevage intensif et la faim dans le monde, nous visons à étendre la présence de CIWF à l'échelle internationale pour être efficace au niveau mondial, tout en n'oubliant pas les questions locales.

Notre nouveau plan stratégique pour 2013-2017 définit nos objectifs pour améliorer de façon significative le sort des animaux, en Europe et au-delà. En particulier, nous cherchons à obtenir de la législation européenne de meilleures conditions de bien-être animal, par le biais nos actions de plaidoyer et nos campagnes.
Nous sommes actuellement face à une majorité d’Etats pour lesquels le bien-être animal n’est pas une priorité, et donc leurs votes se font souvent à l’encontre de nos problématiques. Pendant « l'âge d'or » de la réforme du bien-être animal en Europe dans les années 1990, il y avait une majorité de deux votes contre un en faveur du renforcement de la législation.  Cette situation favorable s’est inversée en grande partie du fait de l’élargissement.
Grâce à l'interdiction européenne des cages conventionnelles pour les poules pondeuses, des cases individuelles pour les veaux et d’autres réglementations, l'Europe a une influence majeure sur le bien-être des animaux d'élevage au niveau mondial. Nous sommes fiers de ce que nous avons déjà réalisé en Europe, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Obtenir de nouvelles réformes et utiliser ce levier sur le plan international est essentiel. C'est pourquoi, en plus de notre siège social international au Royaume Uni, nous avons des bureaux aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, en Italie, en Pologne et en France, car nous pensons que ces pays sont clés dans la mise en place d’un avenir politique plus favorable.

Je me réjouis donc de vous présenter la directrice de CIWF France, Léopoldine Charbonneaux.

Philip : Qu’est ce qui vous a menée à la protection des animaux?
Leopoldine : J'ai été élevée dans une famille qui pensait que les animaux comptent. Le respect des animaux a toujours fait partie de mon éducation. Ils doivent être bien soignés. Nous étions responsables des animaux avec lesquels nous vivions. Mon père a toujours voulu être éleveur, et une de mes tantes élevaient des bovins charolais. Mais il a fini par devenir céréalier. Il n'aimait pas voir ses bêtes partir à l'abattoir. Ma mère est une artiste. La plupart de ses sujets étaient des animaux !
En outre, une de mes tantes était Elisabeth de Croy. Elle a été une pionnière dans la protection animale en France, et était très active dans le monde entier avec de nombreuses organisations, y compris CIWF. J'ai beaucoup appris d'elle. J'ai aussi été bénévole dans un refuge pour animaux, qu’elle avait fondé. J'y étais présidente et administratrice durant plusieurs années. J'ai assuré la transition après sa mort et aidé au développement de programmes d'éducation qui étaient la voie à suivre selon elle. Il s’agit du refuge de Thiernay, près de Nevers dans la Nièvre. Du coup, les animaux ont toujours eu une place très importante dans ma vie.

Philip : J'ai lu l'autobiographie d’Elizabeth de Croy « Such a nuisance to die » (« Trop tôt pour mourir »). Elle dit de vous à la page 204, « Même si je suis la seule personne dans ma famille qui, jusqu'à récemment, a mis le bien-être animal au centre de sa carrière, à ma grande joie, ma nièce, Léopoldine, la fille de ma sœur Mella, travaille maintenant dans la protection animale. »
Leopoldine : Oui ! C'était une femme formidable qui a travaillé sans relâche pour les animaux. Je me souviens encore du jour de mon mariage, où elle m'a demandé comment s’était passé une réunion sur bien-être animal à laquelle je venais d’assister plutôt que de me féliciter de mon mariage !


Philip : Comment êtes-vous entrée chez CIWF?
Leopoldine : J'ai obtenu un premier diplôme de droit. Ensuite, j'ai étudié le droit à Sciences Po Paris. C’est lors de mes études que j'ai été confrontée pour la première fois à l'indifférence, voire au scepticisme et à l'agressivité, envers ce qu’est le bien-être animal, lors de ma soutenance de mon stage à la Société mondiale pour la protection des animaux à Londres pendant mes études.
Comme je voulais obtenir un large éventail d'expériences dans le marketing et la gestion de projet, j'ai travaillé pour diverses entreprises et organisations. C’est mon dernier poste en entreprise, en tant que responsable marketing d’un cabinet d'avocats, qui m’a aidé à réaliser que je voulais travailler dans un domaine auquel je croyais vraiment, et cela m’a donc logiquement ramenée à la protection animale. Ainsi, en 2006, j'ai commencé à travailler pour un philanthrope italien sur divers projets qui incluaient bien-être animal. Et c'est grâce à l'un d'eux que nous nous sommes rencontrés !

Philip : Oui, je m’en souviens, c’était à la réunion inaugurale du World Animal Forum (Forum mondial de protection animale)
Leopoldine : J'ai commencé à Compassion en 2009 en tant que consultante pour l'équipe agroalimentaire.


Philip : Que faites-vous maintenant pour CIWF ?
Léopoldine: Je coordonne le bureau français de CIWF composé actuellement de trois salariées ; une personne supplémentaire devrait être embauchée à l'automne. Notre objectif est de sensibiliser et d'expliquer ce que signifie le bien-être des animaux de ferme. Nous abordons également les questions de sécurité alimentaire et de santé auxquelles les français sont sensibles. Nous fournissons des informations au grand public sur les modes d’élevage et le bien-être animal et organisons des manifestations pour toucher un public plus large. Par exemple, j'ai récemment visité le Salon de l'agriculture, qui est la grande exposition agricole annuelle. CIWF y a participé les années précédentes. Mais maintenant, je pense que nous pouvons utiliser nos fonds de manière plus rentable en participant une année sur deux, ce qui permet de libérer du temps pour visiter le Salon et rencontrer les personnes impliquées dans la filière alimentaire. Je travaille en étroite collaboration avec mes collègues en Grande-Bretagne et dans toute l'Europe.


Philip : Quels sont vos espoirs et vos aspirations pour la protection des animaux en France ?
Leopoldine : Le bien-être animal n'a pas la même attention en France qu’en Grande-Bretagne. Mon but est de « rattraper » notre retard par rapport au Royaume-Uni, et faire comprendre que le bien-être des animaux de ferme est une question importante et fondée sur la science, que c’est intrinsèquement lié à nos vies et la société dans lequel nous vivons ici. Quand on pense « bien-être animal » en France, on pense surtout aux chats et aux chiens, et c’est souvent vu comme un sujet purement émotionnel, et considéré d'une manière légèrement condescendante.

En outre, comme vous le savez, les français accordent une grande importance à ce qu’ils mangent. Mais nous avons une vision idéaliste de l’élevage français. Les gens pensent que ça n'a pas changé depuis les années 1950. Vous savez, avec des animaux qui courent autour des fermes, ce genre de chose. Mais 95% des porcs en France sont élevés de manière intensive. Un changement est déjà visible, et  le «  tabou » de la consommation de viande et des pratiques d’élevage intensif commence à se fissurer, et il est plus facile d’obtenir l'attention des médias et des consommateurs. Nous devons construire à partir de là. Nous avons besoin de plus de gens informés et d’une réflexion sur le bien-être des animaux, et que ceux qui instinctivement se soucient des animaux agissent concrètement lors de leur achat, et choisissent des produits issus d’élevage plus respectueux du bien-être pour les animaux. Nous devons les encourager à faire leurs premiers pas.

Je pense que les mères sont les plus réceptives. Elles se soucient de la nourriture que mangent leurs enfants, nous devons lier cette préoccupation au bien-être animal. D'autres publics cibles comprennent les ministres du gouvernement, les producteurs, les syndicats... Ils ont tous besoin d’avoir plus d’information sur le bien-être animal. À l'heure actuelle, ils le voient comme une contrainte. Le bien-être animal n'est pas perçu comme quelque chose de positif qui peut comporter des avantages. Nous nous efforçons d'établir un dialogue avec eux.
Donc, il faut faire comprendre aux gens et aux autorités que le bien-être des animaux d'élevage est un problème grave. Nous devons faire tout notre possible pour améliorer le sort d’un maximum d'animaux possible.

Philip : Qu'est-ce que bien-être animal signifie pour vous personnellement ?
Leopoldine : Le respect. Donner aux animaux la meilleure vie qu'ils peuvent avoir, et qu’elle corresponde à leurs besoins comportementaux. Pas une mort douloureuse ou stressante. A la maison nous avons un chien, deux chats et deux chevaux !